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S’il y a bien une sensation que provoque en moi chaque nouveau film des studios Pixar, c’est bien la peur. Oui, oui, la peur. La peur d’être déçu. Chaque nouveau film des studios fondés par John Lasseter représente en effet quelque part, une nouvelle chance de briser ce superbe parcours sans faute que sont en train d’effectuer ces véritables génies de l’animation.

Pixar, une maison où l’égo n’a pas lieu d’être, où tour à tour, le temps d’un film, chacun prend les commandes et imprime sa propre patte au long métrage, bouleversant de plus belle les critères de qualité du cinéma d’animation mais aussi, de manière plus générale, de divertissement.

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"Bobo, check la poubelle, check la poubelle ! Une souris !" xD

Ratatouille, leur dernier film en date, réalisé par l’inégalable Brad Bird (les Simpson, le Géant de Fer, les Indestructibles… paye ton génie <.<) avait placé la barre vraiment, mais vraiment très haut. Comment son pote Andrew Stanton allait-il bien pouvoir passer derrière ça ? La réponse tombe comme une évidence à la vue de ces images en proie à une véritable magie : tout simplement par le regard vitreux, mais émerveillé, d’une paire de jumelles montée sur une boîte de conserve. Et Pixar de nous rappeler ce qu’est le cinéma, le vrai.

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"Euh... Bip. Le vrai cinéma... C'est quand y'a des robots, je crois... Genre Iron Man ! Bip."

Mais avant ça, replaçons-nous un peu dans le contexte. Le contexte de la PEUR. Cette peur panique de la déception aura aidé votre p'tit Bobo préféré à repousser encore et encore le jour de sa séance, quand bien même il est habitué à se jeter le premier jour sur les films qu’il attend autant. Finalement, on se décide un soir de solitude, et on prend son ticket pour l’espace, les mains tremblantes. Et comme la pression monte avant qu’il ne démarre ce fichu film ! Les bandes annonces accablantes des prochains "dessins animés caca-3D" sont alors jetés à la gueule des éventuels mioches présents dans la salle : ça va du consternant Les chimpanzés de l’espace (des fucking singes monstrueusement moches enchaînant les blagues de merde et les parodies à deux balle… Les singes qui font un clin d’œil à Armageddon ? WTF !? o_O Est-ce que les réa’ sont seulement au courant que c’était déjà un clin d’œil à L’Etoffe des Héros dans le film de Bay ? Et puis c’est quoi ce sacrilège de placer une vanne sur Toy Story, alors qu’on vient voir un film Pixar ? Vous vous prenez pour qui, les mecs oh !?!) au très moyen Madagascar 2 (même gags que dans le 1… seul truc à sauver : les pingouins, franchement drôles)… Bref, ce qui ressort de tout ça, c’est un constat en deux étapes :

1/ le caca-3D, c’est "bankable", c’est à la mode, et on a même pas besoin que ce soit beau pour que ça marche. 90% de ces films sont d’une mocheté et d’une froideur dans le trait qui nous fait chanter les louanges de Miyazaki et de ses potes les bridés, derniers défenseurs des vrais "dessins" animés.

2/ les mioches, ça bouffe n’importe quoi (même leur caca) alors autant leur en donner en 3D. Quand on sent à ce point que les mecs aux commandes de ces films n’y croient pas une seconde et veulent juste se faire du fric sur le dos de Kevin et de sa maman, le sang de William Wallace se met à tourner dans les veines du spectateur présentant un minimum de neurones.

Bref, on a peur. Très peur. Limite, qu’est-ce qu’on fout là.

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Le visage de la peur... Cheeta la Malédiction, élu plus gros caca 3D de la rentrée <.<

Et Pixar de reprendre les commandes. Et de nous ouvrir l’appétit par le biais d’un court métrage absolument GENIAL, au sens propre. Partant d’une idée visuelle sympathique (un magicien et ses chapeaux magique, communiquant comme des warp zones) les auteurs de ce petit film époustouflant prennent un malin plaisir à nous rappeler les cartoons d’antan, mélangeant sans vergogne nos plus beaux souvenirs liés à Disney (les cartoons de Donald, où il s’en prenait plein la gueule xD), mais aussi à la Warner Bros et à Tex Avery. Ce petit bijou, retrouvant sincèrement l’essence véritable du film d’animation en quelques minutes, vaut à lui seul l’achat d’une place de cinéma. Le spectacle aurait pu s’arrêter là, la soirée n’en aurait pas moins été réussie.

Mais ce n’était là, bien évidemment, qu’une introduction… Une intro d’ailleurs savamment orchestrée, les mécanismes imprégnés dans la tête du spectateur par ce petit préambule prenant alors toute leur importance dans le métrage qui suit. Il s’agit bien évidemment des mécanismes du cinéma muet.

Car oui, nous arrivons enfin à Wall-E (dédicace à fan n°1 < .< Tu voulais des articles plus longs ? Ben tu les as !), un film complètement fou qui fait le pari, en 2008, de proposer aux spectateurs un film quasi-muet. Ainsi, jusqu’à la bonne moitié du métrage, aucune forme de dialogue "oral" n’intervient, si ce n’est quelques bribes de phrases entendues à travers des vieux programmes de télévision.

Dès l’introduction du film, on se rend foncièrement compte que nous ne sommes pas devant un film pour enfants. Entendons nous bien : les enfants peuvent bien sûr y venir, ils adoreront ce merveilleux petit robot qui les fera marrer toutes les quatre secondes. Mais Stanton a pensé son métrage comme un véritable film, destiné donc avant tout… aux plus grands. Les premières images sont à ce titre bluffantes : rarement avait-on vu paysages aussi désolés, décors aussi gargantuesques et pourtant désespérément vides de toute forme d’humanité. Une profonde mélancolie se dégage alors des premières minutes de Wall-E, nous présentant des images absolument monstrueuses, titanesques d’une certaine vision de la fin du monde… Nous laissant clairement comprendre qu’on n’est pas devant un film pour gosses. Mais devant un putain de film de SF, sans doute le plus ambitieux qui ai été réalisé depuis très, très longtemps.

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Mélancolie du dernier être sur Terre... Un petit robot plus humain que nombre d'entre nous...

Et Stanton, après avoir clairement planté son décors apocalyptique d’une manière désespérée, de nous émouvoir et de nous faire rire avec cette petite boîte de conserve, curieuse de tout, ramassant dans les poubelles d’une espèce probablement éteinte (à savoir l’homme) des objets qui l’interpellent et l’intriguent, comme des cassettes vidéos de comédies musicales des années 50, ou encore un soutien-gorge pour arborer ses jumelles. On retiendra particulièrement le coup de la bague de fiançailles, que le robot balance nonchalamment pour en garder simplement l’écrin. Sans doute parce qu’une petite boîte bleue qui fait clap, c’est cool.

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... ce qui ne l'empêche pas de faire le con avec tout ce qu'il trouve xD

Comme dans tout bon film qui se respecte, la petite vie tranquille de notre héros se verra bouleverser par un élément perturbateur au possible, trouvant son incarnation en la personne de Eve, petite robote au caractère bien trempé. Et c’est ici que le film trouve toute sa dimension : en nous narrant une véritable histoire d’amour, drôle, touchante, voire même bouleversante, et ce sans la moindre bribe de dialogue. Du Buster Keaton des premières scènes, on passe ici à l’esprit d’un Chaplin en pleine gloire des Lumières de la Ville. C’est en cela qu’Andrew Stanton retrouve avec Wall-E l’essence même du vrai cinéma : l’art de raconter une histoire en images. Et le pire, c’est que le bougre semble y arriver avec une facilité déconcertante, tant aucun passage ne semble forcé ni construit, l’histoire de Wall-E possédant la force de ces récits qui semblent toujours avoir existé, car contée toute en simplicité, toute en humilité, mais avec un véritable amour de ses personnages. Vous pouvez être sûrs qu’aucun gosse ni parent ne se plaindra du fait que le film "soit muet", tant ce trait de caractère ne le dessert jamais. Ainsi, en privant son histoire de tout dialogue inutile ou superflu, Stanton renforce le côté universel et fédérateur de son récit, ses images parlant toutes seules, tout de suite et à… tout le monde ! Qu’on soit petit, grand, jeune, vieux, français, ricain, chinois ou martien, impossible de ne pas être immédiatement touché par les aventures de Wall-E… à moins de bosser à Télérama bien sûr.

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Une meuf à la cool ? o_O

Cependant, limiter Wall-E à cette expérience cinématographique aux frontières de l’épure serait une injustice, tant son auteur se plait par la suite à faire basculer ses personnages dans un véritable récit d’aventure, au sens noble du terme. Aventure tant spatiale qu’humaine, où les galaxies traversées sont autant d’images de sentiments (re)découverts, Wall-E vous fera par la suite penser à tous ces films qui ont bercé votre enfance, comme E.T. ou même encore le tout premier Star Wars (le IV, hein, de 77, pas les aventures de Jim-Jam <.<). Le cadre semble sans limite, les enjeux se multiplient jusqu’à arriver à une intensité sublime, les personnages se dévoilent les uns aux autres en même temps qu’ils se dévoilent à eux-mêmes, et ceci en gardant toujours en toile de fond cette fraicheur inhérente aux films de Pixar, qui sauront décidemment toujours nous scotcher un putain de sourire du début à la fin.

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Quand le courant passe entre deux robots... C'est simple. C'est beau.

Wall-E est un grand film. Un de ces films qui savent nous faire réfléchir, nous faire frissonner, parfois nous faire pleurer mais surtout toujours nous émouvoir. Le discours écolo critiqué par certains journaleux frustrés (probablement en mal de rage à baver) n’est jamais invasif. Bien au contraire, il n’est là que pour servir le réel propos du film, à savoir : qu’est-ce qui fait de nous des humains.

Et si la réponse est à l’attention du spectateur qui pourra y réfléchir tout son saoul, impossible de ne pas penser qu’une œuvre qui pose cette question relève la plupart du temps du chef-d’œuvre. Wall-E fait bien sûr partie de cette catégorie, constituant un titre de plus au palmarès incroyable des studios Pixar. Quelle bande de fucking genius, quand même, ces mecs…

Il y a pas un blu-ray des Indestructibles ?

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"Cool, j'ai retrouvé ma mémory card de FFVII... Hé, mais !? Il est où le jeu ?" xD