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Il aura fallu la générosité d’amis bien intentionnés pour que votre serviteur découvre enfin, avec beaucoup de retard, le film crépusculaire d’Alfonso Cuaron Children of Men.

Un film d’anticipation tout simplement énorme, dressant un portrait désespéré de notre monde, de notre société, de notre avenir, de l’homme. Aussi bouleversant que traumatisant, Children of Men constitue une claque comme on en avait pas prise depuis longtemps, et nous met face à la question de l’espoir.

Qu’est-ce que l’espoir ? Que donnerait un monde dépourvu, absolument dépourvu du moindre espoir ? Sans aucun doute il perdrait la boule, il pèterait les plombs.

Et pour cette humanité mourante, à l’agonie, l’espoir porte un nom : celui, peu orthodoxe, de Baby Diego. Derrière ce sobriquet pour le moins ridicule se cache tout simplement l’être humain le plus jeune du monde, la dernière véritable naissance en date. Celui qui serait logiquement appelé à être, dans l’inconscient collectif, le dernier homme sur terre. The Last Man on Earth. Le dernier représentant de l’homme, face à l’immensité et au vide de l’univers. Face à Dieu. De là, impossible de ne pas trouver le culte dont il fait l’objet radical de logique et de cohérence.

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Sauf pour Téholius. Pourquoi ? Parce qu’il avait déjà perdu tout espoir bien avant le reste de l’humanité. Ce qui se passe dans le monde n’est donc finalement que l’illustration, et l’extrapolation de la ruine de sa propre vie à lui. Bien avant le reste de la planète, Théolius avait donc fait l’expérience de la perte de toute forme d’espoir en même temps que celle de son unique enfant. Tout le propos du film est là : comment continuer d’y croire quand notre monde s’écroule ? Et le cadre intimiste du drame de prendre des dimensions universelles : le monde lui-même ne pourra plus avoir d’enfants. Comment continuer d’y croire ?

Pour Théolius, la réponse résidera dans le ventre rond de cette Marie-Madelaine des temps modernes. Une immigrée perdue dans un pays en proie à l’ultra nationalisme, femme à l’éducation visiblement limitée, certainement une prostituée. Et pourtant, bouleversante d’humanité.

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On dit de l’Afrique qu’elle constitue le berceau de l’humanité. Faut-il voir ici une volonté de Cuaron de nous prouver que tout recommence éternellement ? Que tout n’est qu’une question de cycles… et de foi ? Croire. En quoi ? En l’avenir. Croire en l’avenir.

L’espoir. Se battre pour cet espoir. Théo n’a rien d’un super-héros, il n’a pas même l’étoffe d’un "simple" héros. Ce n’est qu’un homme comme tous les autres, cherchant juste à éviter le plus d’emmerdes possibles. Ce n’est qu’un simple homme. Peut être même est-ce le dernier à se comporter véritablement en homme, à faire preuve d’humanité. Sans aucune conviction politique ni religieuse, il finira par tout donner, avec ses moyens à lui, pour protéger cet espoir qu’il a enfin retrouvé. Simplement parce que c’est humain, parce qu’il est un homme. Pas besoin de conviction particulière, d’idéologies fumeuses (comme celles des "résistants" du début, en fait des fanatiques comme tout le monde) pour agir en véritable être humain.

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Par sa description sans concession d’une planète au bord de l’embrasement, Children Of Men se pose là comme un véritable voyage en enfer, cherchant à démontrer à chaque image qu’il faut affronter ses peurs, affronter le mal à la racine pour finir par se transcender et surmonter la fatalité d’un destin réputé inexorable. Ainsi, quelle ironie dans le plan de Théolius qui, afin de protéger cette immigré de se faire repérer par le gouvernement doit paradoxalement se constituer prisonnier, le seul bateau pouvant leur permettre d’atteindre le "projet humanité" ne levant l’ancre que depuis le gouffre d’horreur que constitue ce camp de réfugiés clandestins. Alors seulement, après avoir cru mourir des dizaines de fois, après avoir affronté l’horreur de la mort et de la guerre, après avoir sur faire face à la réalité du mal-être de ce monde, ainsi qu’à la réalité de son propre mal, Théolius fera émerger la vie, au propre (en accouchant l’enfant) comme au figuré (les militaires cessant le feu dans un élan d’extase devant l’enfant qu’il protège… pour reprendre leur tuerie à la seconde même où il sera parti).

Fable humaine à la dimension universelle, véritable leçon de vie comme on aimerait (devrait ?) en prendre plus souvent, Children of Men se pose définitivement comme un authentique et indiscutable chef d’œuvre. Un classique instantané.

Devant l'ampleur d'un tel film, à peine ose t-on parler de sa facture technique, tout simplement époustouflante. La réalisation de Cuaron, faisant ici preuve d'un talent presque insolent, se pose comme naturelle, au plus près de ses personnages, et sait nous faire oublier ses prouesses de mise en scène pour mieux nous en faire ressentir les effets (plans séquences titanesques nous rendant véritablement claustrophobes, oppressant le spectateur au plus haut point). Enfin, un dernier mot sur le HD-DVD, qui avait trouvé là une véritable démo technique pour faire face à la concurence. L'image s'y révèle sidérante, et pouvoir visionner un tel chef d'oeuvre dans ces conditions tient du rêve éveillé. RIP HD-DVD, tu seras toujours dans mon coeur >.<