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"Suce mes boules" (Eminem)

"La mutation : c’est la clé de notre évolution. C’est elle qui nous a mené de l’état de simple cellule à l’espèce dominante sur notre planète. Le processus est long, et remonte à la nuit des temps. Mais tous les deux ou trois cent mille ans, l’évolution… fait un bond en avant."

Charles Xavier.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est sans doute heureux que ce bon vieux professeur X soit mort avant d’avoir pu voir le dernier film issus des studios de la Fox ("ouais la Fox !"), à savoir le bien nommé Dragonball Evolution. "Para que el subtitoulo ?" s’interroge ainsi le jeune mexicain fan des aventures de Son Goku, désappointé qu’il est par ce rajout étrange au titre à seulement quelques semaines de sa sortie (sisi, il y a pas si longtemps, ça s’appelait juste DragonBall <.<). Avant même d’avoir mis le pied dans la salle, la dernière œuvre de James Wong soulève donc en nous de nobles questions métaphysiques. Qu’est-ce que l’évolution ? Quel rapport avec Dragonball ? Pourquoi tant de haine ? Tant de mystères baboulifiants qui s’entrechoquent dans notre pauvre petit cerveau de geek tandis qu’on achète nerveusement sa place de cinéma, équivalent conscient d’un ticket de bus pour l’enfer, le bus en question étant rempli de violeurs prêts à tout pour salir notre petite enfance.

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"Je l'avais pas dit, sérieux ?"<.<

Il est évident que le projet Dragonball – The Movie était mal barré dès le début. Mis en branle par des exécutifs peu scrupuleux et avides de gros chiffres qui n’avaient probablement jamais ouvert un seul volume du manga en question, le projet semblait voué à l’échec pour de multiples raisons : la première, et la plus importante étant sans nul doute son matériau de base. Quiconque a lu, ne serait-ce qu’un peu, Dragonball SAIT que cette œuvre est tout simplement inadaptable. Et il ne s’agit pas ici d’un rapport plus ou moins sacré entre une bande de geeks et leur bible fétiche, à la manière de Watchmen ou du Seigneur des Anneaux, mais bien tout simplement de l’œuvre en soi : un univers complètement barré où des personnages aux coupes de cheveux plus improbables les unes que les autres passent leur temps à se battre, dans un récit certes épique mais dénué de la moindre structure narrative (en tout cas pour le Z), et dans lequel le moindre coup serait susceptible de faire voler une planète en éclats. Dragonball, c’est du dessin pur et dur : on peut l’animer sans aucun problème (la qualité générale des animés étant d’ailleurs de très bonne facture) mais on ne peut pas le remplacer par une bande de comédiens et une poignée d’effets spéciaux carton-pâte. C’est mathématique.

Dès lors, les producteurs, voyant les fans s’arracher les cheveux au vu des premières images diffusées sur le net décidèrent de renommer affectueusement leur bébé "Evolution", sans doute pour assumer de manière ouverte les libertés prises avec l’œuvre originelle. Ce n’est ainsi plus Dragonball, mais bien une déclinaison du manga qui nous est ici proposée. Le problème, c’est que ce terme pompeux sensé justifier les libertés d’adaptation prises par l’équipe du film fait office de second coup de couteau dans le dos de maître Toriyama. Sans rire, une évolution ? Cela voudrait-il dire que le matériau de base a été amélioré, que tout ce qui a été changé l’a été pour rendre l’œuvre meilleure et non pour des raisons de budget évidentes ou de choix de prod’ douteux ? Après visionnage du film incriminé, et sans faire de jeu de mot facile, il est évident que le sous-titre "destruction", ou un autre terme approchant, aurait été plus approprié.

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"Viens, petit fan, je vais te mettre un coup de bâton magique !"

Ainsi, on ne compte même plus les trahisons incompréhensibles qui plombent le métrage de part en part. Le plus incroyable reste que nombre d’entre elles n’ont strictement aucun rapport avec le budget du film, mais sont simplement la résultante de choix de prod’ hallucinants. Premier à être incriminé : le costume de Tortue Géniale. Chow Yun fat marque en effet ici une date historique en arborant le cosplay le plus pourri de toute l’histoire du cosplay : ici pas de barbe blanche ni de lunettes de soleil, pas de crâne rasé ni de carapace de tortue dans le dos. Une simple chemise à fleur suffira, ça doit faire suffisamment "île tropicale" pour faire penser à Tortue Géniale. D’ailleurs, parlons en de son île : la découverte de Kame House reste sans aucun doute le plus grand moment du film tant le réalisateur essaie de la passer rapidement, histoire que l’on ai pas le temps de se rendre compte de la hauteur du coup de pied au cul qui nous est ici expédié. Les esprits aussi acerbes que vifs auront pourtant vite fait de s’en rendre compte : c’est bel et bien Kame House (ou son "évolution") qui nous est montrée ici… Pour vous donner un indice : vous l’avez déjà vue dans la bande annonce <.<

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Allez, on est sympas : on vous la montre. Génial, hein ? :D

Si l’on s’attarde aussi longtemps sur ce détail, c’est parce que le problème de Kame House symbolise à lui tout seul le problème du film dans son ensemble : Dragonball Evolution n’assume pas… son évolution. Ainsi, rien ne vous énervera plus dans ce métrage au cul entre deux chaises que ces merveilleux moments où il tente pitoyablement de "faire penser à" l’œuvre originale de Toriyama. La chemise à fleur de Tortue Géniale ou encore, donc, sa baraque étrange plantée sur cette espèce de rond point perdu au milieu de nulle part sont ici présents pour nous rappeler les souvenirs de notre enfance, comme s’il était besoin en permanence au film de nous crier "Regardez ! C’est bien Dragonball !". Ainsi, les exemples suivants cette logique sont nombreux : Bulma arbore une (puis deux) mèches bleues pour bien nous montrer que c’est Bulma (o_o), et Son Goku mange une cuisse de poulet pour nous rappeler qu’il est gourmand. Tortue Géniale (encore lui) retrouve un vieux Play-boy qui traine dans ses affaires pour nous rappeler qu'il est pervers. Quant à Chi-chi, elle se sent obligé d’insister sur son nom pendant une séquence entière avec Goku ("Chi-chi, quel prénom débile ! Enfin non, je veux dire Chi-chi ça sort de l’ordinaire quoi, moi j’aime bien Chi-chi…" >.<) histoire qu’on ai bien compris… que c’était Chi-chi.

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"Je pige pas, j'ai gagné le prix du meilleur cosplay au TGS..." o_O

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Et c’est là la grande maladie vampirisant tout ce maudit film : d’avoir essayé d’attraper, en seulement deux secondes, UNE caractéristique par lieu et/ou personnage et d’en avoir fait un simple gimmick démonstratif au lieu de tenter de l’exploiter. Le procédé s’avère d’autant plus difficile à digérer quant ces pseudo-détails à caractère authentique côtoient les pires trahisons possibles et imaginables pour un fan : Son Goku en teenager de 18 ans, grand looser dans l’âme et tête de turc de tous les caïds du lycée, voulant savoir comment parler aux filles ! Alors qu’il aurait été aisé de mettre en place son amourette avec Chi-chi en la basant sur de la baston pure et dure (genre il s’éprend de la seule fille capable de le battre, ou autre <.<), on se rend compte, effaré, que son attirance pour la belle est avant tout purement sexuelle (!!!) ; voir à ce titre la séquence où il se l’imagine en bikini, en train… de sucer une fraise (o_O). Le personnage de Goku est ainsi complètement dénaturé, et ne peut par exemple maitriser le Kaméhaméha que si Chi-chi vient l’allumer en lui promettant son corps si il y arrive (véridique -_-‘) Emballé c’est pesé, Goku allume toutes les bougies d’un Kaméhaméha, avant que sa belle ne lui demande les éteindre pour qu’il puisse la culbuter. Une évolution des plus choquantes !

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"Kaaaa... Maaaa... Suuuu... Tr.. euh <.<"

Mais cette évolution là n’est pas grand-chose à côté de celle du script original de maître Toriyama. Ainsi, pour on ne sait quelle raison cosmique, les scénaristes décidèrent de modifier toute la mythologie mise en place dans l’œuvre originale pour la rendre plus… plus quoi, au juste ? Nul ne saurait le dire. Car en effet, on ne passera pas sous le coup de la cohérence globale du film (raison principalement invoquée pour justifier les changements d’une adaptation, quelle qu’elle soit) le fait d’avoir affublé Piccolo d’un disciple répondant au doux nom d’Ozaru qui l’aida à conquérir la terre il y a deux mille ans ; un disciple incarné… par un singe géant !! Nul ne sait ce que devint Ozaru lorsque Piccolo fut enfermé par un groupe de sages (???) mais il y a fort à parier que le spectateur s’en doute un peu… Pourquoi donc un tel changement de script ? Choisir de ne pas inclure la mythologie des Saïens dès cet épisode s’avère un choix compréhensible, mais Toriyama avait bien réussi à produire 17 tomes de son manga sans forcément avoir à expliquer d’où venait son héros. Ici, histoire de nous expliquer ses origines dès le premier métrage, les producteurs décidèrent de les modifier afin de les rendre cohérentes avec l’histoire de Piccolo… Un choix tout simplement hallucinant quand on s’imagine les problèmes scénaristiques qu’il imputera aux éventuelles suites, dont on prie pour qu’elles ne voient évidemment jamais le jour.

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"Personne n'ira voir ce fiiiiilm !"

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Mais tous ces problèmes ne seraient rien, et j’insiste : RIEN, si seulement le film obtenu à l’arrivée avait été simplement… réussi. Et qu’on ne se le cache pas, en dehors de tous problèmes d’adaptation, Dragonball Evolution est tout simplement un mauvais film. Son antithèse parfaite reste pour moi le Street Fighter de Steven E. de Souza, qui, s’il trahissait à torts et à travers le jeu original (Dhalsim en docteur, on s’en souvient encore xD) se révélait au final un film des plus divertissants (si, si). Hors, ici, rien ne pourrait s’avérer aussi faux que dire de Dragonball Evolution qu’il est distrayant. Du début à la fin, on s’y ennuie ferme, et personne, ni le moindre spectateur ni aucun des acteurs, ne semble y croire. L’incroyable nullité des dialogues et des situations, les décors en carton-pâte, les effets spéciaux genre After Effect ou Unlead Cool 3D, tous nous rappellent à chaque seconde la réalité du "machin" qui est en train de nous être montré. C’est pour ça que ce film ne pourra plaire à personne : ni aux fans, outrés par ce viol collectif de leurs souvenirs filmé à la manière d’un snuff, ni aux néophytes qui ne pourront que se montrer hilares du début à la fin. Et comme on les comprend ! Comment, par exemple, ne pas rire devant la démonstration de danse Tektonik de Show Yun Fat nécessaire avant chaque Kaméhaméha ? Car oui, il s’agit bien de Tektonik (véridique again -_-‘), et certainement pas d’un obscur kata de kung-fu ancestral. Quand en plus de ça on regarde la coupe de cheveux de Goku, le voir exécuter ce mouvement lors du combat final ne peut que déclencher une explosion de rires dans la salle. Comment, enfin, ne pas rire devant ce scénario incroyablement mal écrit, digne des plus grand direct-to-video jamais produits ? Et nous ne faisons pas ici référence au backrgound mais bel et bien à la trame principale : comment Piccolo s’est-il libéré de son emprisonnement magique ? Pourquoi donc, s’il veut tant les Dragonball, s’en va-t-il après avoir tué le grand père de Goku alors qu’il lui suffirait d’attendre que ce dernier rentre à la maison pour lui piquer sa fameuse boule à 4 étoiles ? Pourquoi Yamcha et Bulma essaient de s’embrasser alors qu’ils se sont rencontrés dans la séquence précédente et qu’ils ont échangé en tout et pour tout deux répliques ? Enfin, lors de la séquence de fin, pourquoi Son Goku ressuscite à l’aide des Dragonball Tortue Géniale (mort dans le combat final contre Piccolo) – un homme qu’il connait depuis deux jours seulement – sans même hésiter une seule seconde avec son propre grand père qu’il semblait aimer plus que tout ? Sans doute l’avait-il déjà oublié, visiblement les scénaristes aussi. Mais la question reste là pour le spectateur.

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Cell est déçu de ne pas être dans le film. Il avait pourtant le meilleur cosplay.

On pourrait en rajouter comme ça pendant des pages et des pages, parler du pitoyable décor du Tenkai Ichi Budokai, de la transformation en singe géant d’un mètre cinquante (!), de l’éclipse solaire remplaçant la pleine lune, de Goku qui glisse sur ses cheveux au ralenti pour latter des racailles… mais ce serait occulter l’essentiel. Dragonball Evolution est une perle sans nom, un film comme on en voit que tous les dix ans, l’antithèse absolue de The Dark Knight, une chiure cosmique filant à la vitesse d’un météore tout droit dans les toilettes des cinémas du monde entier et rien que pour ça, il mérite d’être vu.

Vous aurez compris que si vous voulez une véritable évolution de Dragonball, ce n'est pas dans ce film incroyable que vous la trouverez. Sans faire de chauvinisme exacerbé, on peut dire qu'une fois encore, les américains ont tout salopé sur leur passage. Non, pour une vraie relecture du mythe, on se tournera volontiers vers son pays d'origine et la sortie imminente en Blu-ray de Dragon Ball Kai, sorte de director's cut de l'anime, supervisé par Toriyama himself. Au menu de cette nouvelle version : une image remasterisée en haute définition, un son complètement retravaillé (avec sans doute de nouvelles BGM), des effets spéciaux améliorés (pour les vagues d'énergie, probablement en images de synthèse) et surtout un montage resseré, dégageant de l'intrigue tout ce qui n'a pas de rapport direct avec l'oeuvre originale, passant ainsi le nombre d'épisode de plus de 380 à l'origine à une petite centaine pour cette nouvelle version. Un programme des plus jouissifs pour le moindre fan lambda !

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Les vrais héros reviennent. Ca fait du bien !

Mais pour l'heure, nous ne pouvons contempler dans nos salles que le superbe film de la Fox. Impossible de pronostiquer sur son succès dans nos contrées de France et de Navarre mais sachez qu’une suite est d’ores et déjà prévue, en regard du succès qu’il rencontra en Asie. C’est puissant. C’est la Fox. Ouais, la Fox !!!