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Si Steven Spielberg pensait avoir bel et bien clôturé depuis longtemps la saga Indiana Jones au moyen de son magnifique plan final, à savoir : Indy, son père, Marcus, et Sallah s’éloignant au galop vers le soleil couchant (difficile en effet de faire une image plus parlante), l’idée de faire reprendre du service à notre bon professeur hanta les nuits de Georges Lucas pendant de nombreuses années. Après une période de gestation incroyablement longue, que l’on pourrait alors assimiler Papi Georges harcelant sans relâche Tonton Steevy, le 4e épisode des aventures d’Indiana Jones se mit enfin en branle notamment grâce à la bonne volonté d’Harrisson Ford, qui finit de convaincre Spilelberg que "ça pourrait être marrant d’en faire encore un". Problème maintenant que tout le monde était d’accord : Ford, justement, avait bien vieilli.

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"Ca pourrait être marrant d'en faire encore un. Avant que je crève."

A ce titre, la réussite de Cristal Skull réside dans l’idée principale du film, qui est d’assumer totalement l’âge de Ford, et donc d’Indy, pour nous montrer notre héros favori sous un jour nouveau : celui d’un homme vieillissant, ayant vécu de nombreuses aventures "hors cadre" (il aurait entre autre été agent double pour le compte de la CIA) et connu quelques tragédies personnelles (la perte de son père et de Marcus). Ce postulat de base entraîne alors un changement de décors immédiat : Harrisson Ford ayant pris plus de 30 piges depuis le premier Indiana Jones, le contexte du film en sera décalé tout autant, propulsant l’intrigue de cette nouvelle aventure en plein dans l’Amérique des fifties. Cet épisode nous permet donc de contempler une nouvelle facette, inédite dans la série, de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique. Notre bon professeur Jones retrouve donc sa place habituelle, à savoir celle d’un témoin universel, nous embarquant de mythes poussiéreux en découvertes incroyables afin de rendre compte à ses côtés des évènements les plus importants de l’Histoire, explorant à chaque fois un peu plus en avant toute la palette des fantasmes et légendes d’une époque bien précise.

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"J'espère que c'est pas un truc naze, la surprise..."

Et à propos d’époque, ainsi que semble nous le crier la scène d’introduction du film, place donc ici au rock n’roll ! Les années 50 représentent en effet pour Spielberg et Lucas l’opportunité de livrer une ambiance différente des métrages précédents, figés qu’ils étaient dans leur contexte oppressant de seconde guerre mondiale (on se rappelle encore de la scène d’Indy faisant face à Hitler lui-même). Dans cette optique, ce quatrième épisode se révèle forcément plus léger, moins "classique" et peut être un peu plus fou dans ses idées que la trilogie le précédant. Les nazis ont disparu et la menace se situe maintenant à l’Est : nous sommes en pleine guerre froide, les communistes sont partout et la chasse aux sorcières fait rage. Les bikers livrent une guerre sans merci aux joueurs de foot pour le titre de type le plus cool de l’année, et de la paranoïa ambiante émerge nombre de mythes modernes qui n’ont cessé de nous hanter depuis. Car oui, propulser Indy dans les années 50, c’est forcément le confronter aux mystères de la zone 51 (utilisée en tant que référence très intelligente au premier opus) et… des extra-terrestres.

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"Hein ?!"

Et si l’on touche là au point qui fait le plus débat quant à dire si oui ou non Cristall Skull est bel et bien un  "vrai" Indiana Jones, il faut savoir que cette idée traîne dans la tête de Lucas depuis… La Dernière Croisade !! On apprend ainsi éberlués, dans les bonus du Blu-ray, comment Papi Lucas souhaitait de prime abord aborder le "problème" de manière encore plus frontale, intitulant ses premiers scripts "Indiana Jones and the Saucermen" (en gros : "Indy contre les martiens" <.<). Spielberg, déjà pas très chaud vis-à-vis de l’idée, l’envoya carrément bouler après avoir vu… Independance Day !! o_O En effet, le film le marqua tellement qu’il ne voulut plus entendre parler d’extra-terrestres, estimant que le genre avait été exploité à fond avec le film de Roland Emmerich. Mais un jour, Papi Georges vint prendre le thé chez Tonton Steevy en lui disant :

- J’ai une nouvelle idée, une super idée pour Indy IV.
- Pas un truc avec des extra-terrestres, encore ? lui répondit notre facétieux tonton.
- Non, non, promis, pas avec des extra-terrestres.
- Alors ? Dis-moi, tu m’intéresses !!
- Ce sera avec des êtres… inter-dimensionnels.
- Des… des quoi ?
- Des êtres inter-dimensionnels. Cool, non ?
- Mais Georges, qu’est-ce que c’est encore que ce truc ? Et puis… Ils ressembleront à quoi, tes êtres inter-dimensionnels ?
- A des extra-terrestres.
- ...   -_-‘

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"Suck my cock."

Cette anecdote, racontée de la bouche même de Spielberg dans les bonus (hilarants) du film, montre bien la direction que Lucas a toujours voulu faire suivre à ses sagas ; à savoir celle de serials ne se prenant pas au sérieux, cherchant avant toute chose à susciter le divertissement pur et n’ayant finalement pas grand-chose à carrer des notions de "culte" dont elles font systématiquement l’objet. Pour autant, et aussi con que puisse paraître l’idée (les auteurs de South Park ne s’en sont toujours pas remis) la structure du métrage reste exactement la même que celle des épisodes précédents : Indiana Jones se retrouve en effet seul face à des ennemis en surnombre, des ennemis souhaitant l’utiliser pour retrouver un artefact perdu qui leur donnerait les moyens d’arriver à leurs fins. Comme d’habitude, ce sont ces ennemis qui justement mettent Indy sur la piste de l’objet, un objet qui jusque là faisait figure de simple légende pour le professeur. Au bout de l’aventure, le pouvoir mystérieux de l’artefact sera forcément relâché, mais uniquement pour châtier les soldats du mal, faisant alors d’Indy le témoin de cette formidable démonstration de puissance.

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"L'aventure, c'est l'aventure !"

N’en déplaise à ses détracteurs, Indiana Jones IV est donc bel et bien construit comme un pur film d’aventures, à l’instar de ses prédécesseurs. Il s’agit ici de divertissement, comme ça a toujours été le cas avec cette série. Les situations rocambolesques et l’aspect léger des dialogues rentrent donc entièrement dans le cahier des charges de la saga : le fait qu’Indy réussisse à survivre à un essai nucléaire en se cachant simplement dans un frigo est peut être irréaliste, mais certainement pas déplacé. Pensez donc ! Dans les épisodes précédents, notre bon professeur Jones a survécu à un crash d’avion sans avoir le moindre parachute, à détruit un char d’assaut nazi avec un simple caillou ou encore a vu un homme se faire arracher le cœur sans pour autant mourir ! Alors oui, peut être bien que c’est n’importe quoi. Mais c’est Indiana Jones. Ca l’a toujours été. Tout comme l’a toujours été pour la série la course aux effets visuels, cherchant systématiquement à user des trucages derniers cris pour nous livrer des images époustouflantes (on pense à la course de chariots dans la mine d’Indy II, sorte de pod-race avant l’heure). Dans cette optique, le recours aux images de synthèse tant décriées n’en demeure que plus logique. Le temps a passé, et les effets visuels ont naturellement évolué. Pourquoi diantre Indiana Jones n’aurait-il pas droit à des scènes d’action aussi spectaculaires que le King Kong de Jackson ?

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"Il est où le grand singe, là, que je le défonce ?" xD

La réponse se trouve sans doute enfouie dans le tombeau d’un conflit générationnel, les détracteurs de ces nouvelles aventures se retrouvant coincés entre leurs souvenirs sacralisés et l’inévitable envie de revivre leurs émotions d’antan. Mais les temps ont changé, et Indy a vieilli. Les images de synthèse omniprésentes dans le film semblent d’ailleurs en attester, renvoyant au contexte même du métrage, nous présentant le professeur Jones comme un anachronisme, un "vestige du passé" ne correspondant plus à l’époque dans laquelle il évolue. Indy reste le même, mais le monde change. Et les marmottes sont à présent faites de 0 et de 1.

"No Indy in digital ?" Justement, les enfants. Justement. C'est lui le dernier, à ne pas être "digital", contrairement à tout le reste. Il est le dernier vestige d’un cinéma d’antan, les derniers restes de chair et de sang d’un monde en proie à la beauté numérique et à la HD. Indy, l’homme, a vieilli. Ce n’est plus qu’un grand-père. Mais sa légende, elle, est éternelle. Et si l’on ne peut empêcher la forme de ses aventures d’évoluer, entrainées qu’elles sont par la course inéluctable du temps, le fond, lui, restera toujours le même. Indy stays Indy. Et n’en déplaise au pourtant très bon Shia LaBeouf (qui aurait certainement apprécié un vrai passage de relais),  Harrisson Ford portera toujours dans nos cœurs le chapeau du professeur Henry Jones Junior.

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