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Réflexion profonde sur la mort et la course du temps, sur le sens de l’existence et la définition du bonheur... Jamais long-métrage n’aura semblé aussi hanté par la mort elle-même, le jeune Benjamin commençant sa vie dans une maison de retraite, mausolée à peine déguisé dans lequel les chambres se vident du jour au lendemain, et où les amis disparaissent en un éclair… Quand ils ne sont pas systématiquement frappés par la foudre(!).

Benjamin Button est un film sur la fin, au sens large. Il plane en permanence sur lui une odeur de fin du monde, de l’existence, de tout. Comme semblent nous le rappeler ces tempêtes d’une violence inouïe rôdant sans cesse au bulletin météo ou à la fenêtre, annonciatrices de l’inéluctable auquel on ne veut pas penser… La souffrance est à nos portes, tapie dans l’ombre.

La FIN arrive. Et Benjamin l’a vue avant tout le monde. Il sait.

Il en vient.

En ce sens, sa destinée n’en sera que plus bouleversante, illustrant le sens de l’existence (et sans jamais tomber pour autant dans un discours philosophique de bas étage) à travers la vie d’un homme qui commença par mourir, pour mieux regarder ensuite.

Et quel étrange parcours que le sien ! Jamais film n’aura autant mérité son titre que celui-ci. On reste en effet sans voix devant la portée métaphysique d’une telle entreprise, devant cet individu forcément coupé du monde, sans emprise ni attache, remontant le temps pour mieux aller à contre courant d’un monde condamné à mourir, un monde en proie au malheur, à la souffrance, au chaos...

Un monde auquel appartient Daisy, qui se révèlera bien vite incarner l’amour, forcément impossible, de sa vie.

Benjamin Button est donc avant tout une histoire d’amour, dans la plus pure tradition du cinéma américain classique. Un amour s’étirant sur une vie entière, entrecroisant des destins qui semblaient voués à ne jamais faire marche ensemble. Toute la magie du métrage est alors de saisir l’aspect particulièrement éphémère de ces rares moments de bonheur, mais aussi surtout de mettre en avant ce lien intrinsèque entre les deux : c’est parce que l’instant est éphémère qu’il peut être instant de bonheur, et pas l’inverse.

De là, une conclusion des plus étranges (encore) ne manquera pas de positionner le spectateur face à ses propres démons. Et c’est sans doute là la marque des grandes œuvres : pousser leur audience à réfléchir, non pas sur une vague question existentielle vide de sens (comme le fait par exemple si bien la trilogie Matrix) mais bien sur le fondement et la nature des sentiments qui l’habite. Définir ce que l’on ressent à la fin de Benjamin Button s’avère un exercice incroyablement difficile : tristesse ? Sans doute. Peur ? Evidemment. Mélancolie, joie, nostalgie, colère, folie ? Un peu tout ça à la fois. Impossible en effet de définir clairement ce sentiment, car y arriver reviendrait à définir ce qui fait de nous des humains, à définir tout simplement l’homme. Et le seul à pouvoir y arriver précisément serait sans doute… Benjamin Button.