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Article garanti sans spoil <.<

Appuyé par une campagne de pub intelligente qui prenait soin de ne rien montrer d’autre que des réactions de spectateurs, et précédé d’une réputation non des moindres ("le film qui a terrorisé l’Amérique" bouhou <.<) qui en fit immédiatement LE film dont tout le monde parle ("Alors tu l’as vu ? Ca fait peur ou pas ?"), Paranormal Activity pourra au moins se targuer d’avoir su faire remarquer son instigateur principal (le film a été écrit, produit, monté et réalisé par un certain Oren Peli, inconnu au bataillon jusqu’à aujourd’hui) notamment grâce à la cash-machine sans commune mesure engendrée par le phénomène. En effet, le film aurait déjà rapporté plus de 30 million de dollars, pour un budget dérisoire de 11 000 dollars, soit 6 fois moins que le Projet Blair Witch. Le buzz effarant suscité par le film n’y est sans doute pas étranger, mais comme tout buzz, il a tendance à se retourner sur lui-même très rapidement : on se rappelle à ce titre du syndrome des gens qui se mirent à détester Titanic à force d’en entendre parler dans tous les médias, saoulés par cette impression d'être obligé d'aimer le film parce que tel était la loi. Paranormal Activity, dans une infinie moindre mesure, peut se vanter d’engendrer ce même type de réactions.

Tout le monde dit tellement que c’est trop bien que tout le monde finit par dire que c’est pourri. On s’offusque devant le succès sidérant de cette bande limite amateur (procédé de la cassette vidéo retrouvée et soumise telle quelle aux spectateurs – pratique invention du Projet Blair Witch) et qualifie le film de "plus grosse arnaque jamais tournée" quand les affiches clament encore "le truc le plus terrifiant qu’on ai jamais vu". Au milieu de ce brouhaha de critiques en tous genres, on oublie souvent de parler du métrage en lui-même.

Or, je l’avoue, Paranormal Activity est tout simplement le film qui m’a le plus angoissé depuis Martyrs. Tout simplement parce que son économie de moyens induit l’utilisation de l’indicible, du hors-champ et surtout, du SON. Et donc, de l’imaginaire du spectateur. En projetant ce dernier dans une situation très concrète (la chambre à coucher, le soir, au moment d’éteindre la lumière), le film d’Oren Peli fait appel aux peurs les plus simples et donc les plus indélébiles que l’on connaisse. Qui n’avait pas peur, enfant, des fantômes ou des monstres sous le lit ? Qui ne cherchait pas à se protéger sous les draps, comme si le tissu allait stopper le poignard d’un tueur fou, ou nous faire disparaître pour qu’il ne nous voit pas ? Paranormal Activity fait directement appel à toute cette imagerie des peurs enfantines, mais en les prolongeant dans un monde adulte de manière "réaliste". Les personnages qui nous sont montrés ne ressemblent pas spécialement à des gravures de modes ni ne sont particulièrement stéréotypés. Tout juste peut on dire que l’homme fait penser à une doublure obscure du Jambody (des faux airs sur certains plans, un truc de fou !) et que la fille se révèle tour à tour très jolie ou banale, selon son degré de réveil et de préparation. Par contre on n’échappe pas à l’hallucinante poitrine aussi disproportionnée qu’obligatoire de scream-girl, 100% authentique sans doute pour plus de réalisme.

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Franchement, c'est pas un peu le Jam ? Un peu, nan ? <.<

Un couple lambda comme il pourrait y en avoir tant, pour des peurs comme il y en a tant. L’identification se fait sans mal, nous renvoyant immédiatement à nos propres traumas. Les "expériences" paranormales du film n’en font jamais des tonnes (mis à part peut être la séquence de la "Ouija-board" un peu maladroite) et nous scotchent d’autant plus à l’écran, le cynisme et l’incrédulité du personnage masculin aidant d’ailleurs à enrayer tout effet de ridicule (une bonne chose vu comment les films de maison hantée prêtent en général facilement à rire). Du coup, oui, Paranormal Activity fait peur, très peur, mais seulement si on lui donne sa chance. Le rythme, volontairement lent et progressif, demande de l’attention de la part de ses spectateurs. Et pour ceux qui s’en donneront la peine : quelques idées vraiment, mais vraiment ingénieuses sauront leur filer les jetons comme pas deux. On ne parle même pas du final réécrit par… Spielberg lui-même ! Très impressionné par le film qu’il avait vu alors qu’il ne circulait que dans des festivals étudiants, il suggéra au réalisateur d’en modifier le dénouement pour en augmenter l’impact, preuve s’il en est du potentiel inhérent au film. Ne pas avoir peur de Paranormal Activity revient simplement à ne pas vouloir avoir peur, ceux qui se moquent du film étaient de toute façon rentrés dans la salle à ce seul effet. Bon ou mauvais, chef d’œuvre ou pas, là n’est pas la question. L’important reste, à mon sens, qu’on ai tout simplement du mal à aller se coucher et s’endormir après. Au cas où…