23 juin 2012

Sherlock

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Article garanti zéro spoil.

"Le plus grand des détectives… Oui c’est lui, Sherlock Holmes le voici… Courez ! Courez ! Monsieur Watson !" Ce générique de dessin animé résonne encore dans la tête de nombreux jeunes gens comme une véritable madeleine de Proust, renvoyant tout de suite à une nostalgie propre à l’enfance, à cette galaxie de programmes télé qui berçaient nos matinées et animaient nos gouters, à ces univers magiques qui savaient nous emporter comme peu l’ont fait depuis. Les aventures de Sherlock Holmes, énorme série de Miyazaki qui tuait déjà la gueule bien avant Princesse Mononoke, nous présentait une vision du détective de Conan Doyle des plus séduisantes, dans un univers fait de loups, de chiens et de renards… Déjà à l’époque, et sans en avoir conscience, nos yeux de jeune spectateur se confrontaient au principe de la réécriture, à savoir lorsqu’un auteur décide de reprendre une œuvre existante, de la modifier pour la faire sienne, sans pour autant en trahir l’esprit original. Sherlock Holmes fait donc partie de ces mythes que de nombreuses époques et auteurs ont tenté de s’approprier, afin de faire redécouvrir la légende sous un jour nouveau.

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"Elémentaire, mon cher Watson" (nostalgie...)

Et ça n’a jamais été aussi vrai qu’en ce moment, où deux visions différentes de ce monument littéraire coexistent en vraisemblable harmonie : les américains de la Warner proposent ainsi leur version du personnage à travers les deux films de Guy Ritchie (Sherlock Holmes et Sherlock Holmes : a Game of Shadows). Dans ces longs métrages, si le contexte historique est respectée (l’Angleterre du XIXe siècle), le personnage principal est lui modernisé à l’extrême : il est interprété par un Robert Downey Jr. brillantissime, qui se sert notamment de son légendaire sens de déduction pour l’appliquer au combat  à mains nues, faisant de Sherlock une sorte de super Steven Seagall en puissance (les mêmes coups de tatane, mais avec une belle gueule, un charisme fou et un humour déjanté… soit tout ce qu’il manque à Tonton Steve !)… Cette interprétation américaine, si elle aura fait crier les fans de la première heure à cause de son côté blockbuster assumé, s’avère pourtant étonnamment réussie et ne manque jamais l’essentiel, à savoir de représenter le génie de Sherlock comme une véritable malédiction qui le coupe de la société, faisant de lui un sociopathe aussi craint que recherché.

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"Tu trouves que je ressembles à Steven Seagall, toi ?"

La deuxième version moderne du personnage est celle qui nous intéresse aujourd’hui : il s’agit de la série Sherlock développée par Steven Moffat pour le compte de la chaîne anglaise BBC1. Actuel showrunner de la série Doctor Who (Deuz, c’est quand tu veux pour te plonger dedans…), Moffat est également un véritable scénariste de génie, au sens propre du terme. Le voir s’attaquer à un tel mythe ne peut donc qu’exciter n’importe quel nerd un tant soit peu connaisseur. Et à raison, d’ailleurs ! Car partant du principe qu’il ne fallait surtout pas se planter avec un tel personnage, Moffat fit un choix étonnant de production, à savoir celui de privilégier la qualité sur la quantité. Ainsi, difficile de parler vraiment de "série télé" ici, puisque chaque saison (au nombre de deux pour l’instant) regroupe seulement trois épisode, mais d’une durée d’une heure trente chacun. Comme il le dit lui-même : ce sont donc de véritables films, écrits et réalisés avec le plus grand soin, avec un véritable amour des personnages et une envie de "bien faire" permanente.

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"It's him ! That fucking americain ! Go get it Watson !"

Les deux saisons de Sherlock se retrouvent donc sur un même schéma narratif : le premier épisode, toujours scénarisé par Moffat lui-même, se révèle dans les deux cas un pur bijou d’écriture, avec une intrigue haletante mais surtout des personnages développés avec génie. Perfection des acteurs, dialogues des plus savoureux, émotions à leur paroxysme… Moffat est un amoureux de l’écriture, et un amoureux de son sujet. Ainsi, le parti-pris de transposer le personnage de Sherlock à notre époque moderne ne se révèle jamais une trahison, ni même une pirouette scénaristique. Le mythe est non seulement respecté à la lettre, mais également développé sous un jour nouveau, et fascinant. Par exemple, les romans de Conan Doyle présentaient Watson comme un ancien soldat : le personnage revient donc ici, fort logiquement, d’Afghanistan, avec tous les troubles que l’on peut supposer. Martin Freeman, qui incarne ce personnage et que l’on attend de voir sur grand écran dans The Hobbit, démontre alors avec quelle perfection le casting de cette série a été mené : son visage plutôt "bonhomme" ne l’empêche pas d’être étonnamment grave et humain, se posant alors comme un miroir parfait du Sherlock de Benedict Cumberbatch, incroyable de prestance et de charisme (bordel, cette voix, on jurerait entendre Alan Rickman, c’est sidérant !). Le tout premier épisode de la série se pose donc comme un véritable chef d’œuvre, creusant dans ces personnages avec une finesse sidérante pour les réinventer dans toute leur splendeur. Il va de soi que comme toujours avec Moffat, le scénario en lui-même est d’une perfection rare, et c’est bien l’enquête de cet épisode (putain mais quel kiff !) qui va permettre à ces deux personnages de littéralement se révéler aux yeux du spectateur. Dans le même ordre d’idée, le premier épisode de la saison 2 renforce la psychologie de Sherlock pour surprendre de nouveau avec panache, provoquant une empathie pour le personnage aussi forte que géniale. Les épisodes de Moffat représentent ainsi sans aucun doute "le cœur" de cette série si extraordinaire.

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"I play violon and I don't talk for days. Is that a problem ?"

Le 2e épisode de chaque saison se veut lui plus traditionnel, puisqu’il présente une enquête, certes très bien écrite et toujours aussi sympa à suivre, mais peut-être plus conventionnelle : un grand mystère à résoudre, et Holmes s’y entreprend. Ces épisodes 2 seraient en fait "la colonne vertébrale" de la série, en ce qu’ils montrent avant tout Holmes pour ce qu’il est, à savoir un détective.

Enfin, les 3e épisodes de ces deux saisons sont de véritables bijoux machiavéliques, dans lesquels Holmes fait face à des scénarios impossibles, de véritables mind games à se jeter la tête contre les murs, qui nous laissent absolument sans voix, et qui se terminent systématiquement par un décrochement de mâchoire rarement vu à la télévision. Absolument brillants, ces épisodes seraient eux "le cerveau" de cette incroyable série. Impossible de vous parler de leurs scénarii sans vous gâcher le plaisir, on se contentera donc simplement de vous dire : regardez Sherlock. Les six épisodes. De toute façon, si vous lancez le premier, il est impossible de ne pas vouloir enchaîner sur les cinq autres. Un par jour, pendant une semaine, et vous serez comme Sherlock lui-même au début de chaque épisode : en manque de votre fix d’enquêtes, de mystères, d’action, d’humour, de génie.

Putain qu’est-ce que j’aime cette série.

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"Let's go, Watson !"


Posté par Bobobiwan à 11:52 - Commentaires [3] - Permalien [#]