Man-of-Steel

 

Attention ! Cet article a pour but non pas de donner un simple avis sur Man Of Steel (on résume : allez le voir, c'est énorme) mais bien d'essayer d'en faire une analyse détaillée. Il est donc impératif d'avoir vu le film avant (ainsi que d'autres films Comme Star Trek ou Prometheus) car Warning ! Ça va spoiler dans tous les sens !

 


C’est le clash des blogs ! Car comment rester coi face à l’avalanche de fiel et de mauvaise foi distillés en effet par le pamphlet anti-superman que l’on peut trouver sur Kick-Ass Movies ? Il parait que le silence est le meilleur des mépris… Mais quelques fois, on se doit de s’élever contre l’obscurantisme envahissant, et il nous appartient de prendre le flambeau, d’apporter la lumière et de vaincre les ténèbres ! Quelques fois, on se doit de jouer les chevaliers blancs ! Même que c’est Superman qui me l’a appris…

Enfonçons donc des portes ouvertes : incohérences ? Des incohérences dans un film de super-héros ? Et ça se dit fan de comics ? (c’est le clash, baby !) Et si on parlait plutôt de poncifs, d’archétypes, de passages obligés du genre ? D’outils que l’on se doit d’utiliser (impératifs des studios, impératifs des fans…), mais pour mieux les détourner… Car bien sur, en soi, Man of Steel n’est pas parfait et oui, il comporte, non pas des incohérences mais certain heureux hasards dans son intrigue : par exemple le "world engine" des méchants qui vient frapper, comme par hasard, Metropolis et en plus, autre hasard, pas loin du Daily Planet.

Sauf qu'il s’agit là d’une ficelle classique de scénario : c’est un hasard, certes trop gros quand on y réfléchit, mais que l’on accepte car il permet aux personnages d’être témoins de l’évènement et de faire le lien avec le spectateur. Si la machine avait frappé à Kinshasa, Séoul ou même Gameville, ça aurait été vachement moins impressionnant, mais surtout, moins poignant, car les personnages qui nous intéressent se trouvent eux à Metropolis. C’est une convention du genre, et elle a toujours existé : dans le premier Star Trek de J.J. Abrams, lorsque les méchants veulent détruire la Terre (bah tiens encore le même plan) ils frappent comme par hasard (mais un gros hasard alors, parce qu’ils ont vraiment frappé n’importe où) à deux mètres du QG de Starfleet. Why ? Tout simplement pour qu’on retrouve l’endroit d’où l’intrigue est partie, afin que le scénario forme une belle boucle, et que l’on voie des personnages qu’on a déjà rencontré (les cadets de l’académie, les collègues de Kirk, quoi) servir de témoins au massacre. Toujours dans ce premier Star Trek (que j’adore pourtant !), Spock doit aller sauver sa mère d’une mort certaine, car sa planète (Vulcain, cette fois) va exploser. C’est une question de secondes. Il prend néanmoins une bonne minute pour expliquer à Uhara qu’il doit y aller et que c’est une question de secondes. Résultat : sa mère décède, manquant la téléportation à… trois secondes près. Il aurait le droit de s’en vouloir. On aurait le droit de dire que c’est la faute de Uhara qui aurait dû le laisser y aller tout de suite. Mais non, on s’en fout : c’est une convention d’écriture. On l’accepte, on passe sur l’incohérence pour mieux profiter de la force du récit. Prometheus (que j’ai également bien aimé), film extrêmement critiqué pour son scénario et pourtant défendu par Kick-Ass Movies, se plaçait également pas mal à ce niveau-là : on arrive sur une planète pour l’explorer, et le premier truc sur lequel on tombe (et ceci pas grâce à un radar ou autre hein, juste parce qu’on a plissé les yeux et fait "Capitaine ! C’est là, regardez !"), c’est la cave secrète des méchants. Quand ils se rendent compte que c’est la merde À CET ENDROIT ils en déduisent que c’est la merde SUR LA PLANETE. Planète dont ils ont exploré en tout et pour tout cinq cent mètres carrés. Encore une fois, c’est une convention du genre, que l’on accepte volontiers pour que l’on nous raconte une histoire.

Donc oui, si on analyse formellement tout cela, Man Of Steel comporte plein de petits détails dans le genre. Mais c’est la même chose pour 99% d’autres blockbusters qui ont pourtant été défendus par ceux qui aujourd’hui s’insurgent contre ce reboot de l’homme d’acier.

Mon analyse personnelle : le chroniqueur de Kick-Ass Movies était fatigué, s’attendait à je ne sais quoi, et a été écœuré par l’overdose d’action ainsi que par la scène du chien (on y reviendra), qui a constitué la goutte de kryptonite qui pète le vase. Je respecte son opinion et ses goûts, mais je suis un peu déçu de le voir tomber dans le rôle des types de chez Ruquier, dont le job est de casser le truc et ce par n’importe quel moyen. Car aucune des critiques émises dans cet article ne peut être réutilisée pour nombre d’autres films pourtant défendus par ce blog (C’est vrai que Chronicle est par exemple un modèle de cohérence scénaristique).

DONC, faisons plutôt ce que l’on aime faire d’habitude sur le boboland : parler des aspects du film que l’on a aimé. Y’en a un paquet.

Commençons par le commencement : Krypton.

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C’est la première baffe du film. Une sorte de film dans le film. Jamais je n’aurais pensé qu’on aurait droit à autant de temps passé sur cette planète. Le souvenir des films de Donner ne peut se soustraire à notre mémoire : on nous montrait une Krypton complètement vide, une sorte de désert lunaire mixé avec des cristaux de plastique. Ici, on s’aperçoit en quelques minutes que l’environnement de Krypton a été aussi réfléchi que la Pandora d’Avatar. Il n’est d’ailleurs pas interdit d’y voir des références (comme les montures ailées sorties de Panzer Dragoon). On a droit à une direction artistique énormément travaillée, crédible, qui donne enfin vie à un univers qui prenait la poussière depuis des siècles. L’histoire de cette partie est la même que dans la version de Donner : c’est le mythe auquel on ne peut toucher, si ce n’est dans la façon de le raconter. Et les changements apportés ici sont diablement malins, et cohérents (oui, cohérents !). Krypton est donc condamnée, et Jor-El est le seul à y croire. Les sages de Krypton sont devenus complètement fous. C’est ce qui se passe lorsqu’une civilisation atteint son apogée : soit elle choisit de s’unir à la nature et de devenir une partie du monde à part entière (les Navi de Pandora) soit elle se lance dans une conquête démesurée de pouvoir et de contrôle de la nature, son égo boursouflé lui masquant alors la folie de ses actes (les Mayas d’Apocalypto, les Seigneurs du Temps de Dr Who ou encore ici, les Kryptoniens). Pour les sages Kryptoniens, il est impossible que leur planète explose. Cela voudrait dire qu’ils ont fait une erreur ; or, ils sont tellement certains de leur perfection que cette simple option est inenvisageable.

ZOD, une réussite.

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Cette intrigue était déjà mêlée dans le premier film de Donner avec celle de Zod, mais il est ici habilement réécrit, pour devenir non pas un simple méchant manichéen, mais un homme de conviction. Un noble guerrier, certain de son bon droit et du devoir qui lui incombe. C’est la première grande trouvaille du film : les méchants vraiment méchants parce qu’ils sont méchants, ça n’a aucun intérêt. Ici, il s’agit dès le début d’une différence de perception, et on va voir qu’elle a une importance capitale dans le récit. Encore plus intéressant est le fait que Zod partage l’analyse de Jor-El : ce sont des frères d’armes, qui se respectent mutuellement mais qui réagissent de deux manières différentes face à la fin du monde qui les attend. L’un choisit l’espoir qu’il place dans sa descendance et se résigne, quand l’autre ne peut baisser les bras et prend les armes. Dès le début du film (alors que les bandes annonces me faisaient super peur sur cet aspect-là) Zod est donc présenté comme une Némésis parfaite : c’est en effet une différence d’idéal qui le sépare de Jor-El et qui va le séparer de Superman.

Ce qui nous amène forcément à un des aspects les plus géniaux de l'histoire, à savoir : la façon qu’a Superman d’émerger dans le monde. Il ne sort en effet de sa tanière que parce qu’il y est obligé par Zod. Le long métrage devient alors clairement un film d'envahisseurs, remettant le mythe de Superman dans sa dimension originale (et pourtant jamais traitée comme tel), à savoir celle d'une invasion extra-terrestre. Car tout tourne autours de Zod, de la menace qu'il représente pour l'humanité. Et c’est bien lui qui force Kal-El à assumer des choix qu’il n’est pas sûr d’avoir encore tranché. Se battra-t-il aux côtés des humains, alors qu’il s’est toujours senti étranger à ce monde ? Ses convictions seront-elles assez fortes ?

La passation de valeurs

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La réécriture de Jonathan Kent est en ce sens absolument géniale : du bon fermier qui encourage un dieu à devenir le sauveur de cette Terre (version vue dans Smallville, par exemple), il est passé ici à un simple père, paniqué à l’idée du traitement que le monde réservera à son fils lorsqu’ils sauront la vérité. Kevin Costner est à ce titre génial de sobriété. Une de ses répliques, déjà présente dans la bande annonce, ne manqua pas d’en choquer certains : au petit Clark qui lui demande s’il aurait dû laisser mourir ses camarades, le père de répondre : "peut-être". Car à ses yeux, rien n’est plus important que les enjeux qui attendent son fils. Il SAIT, il est CONVAINCU que Clark constituera soit le guide de la race humaine, soit le cauchemar qui la conduira à sa perte. Pour lui, RIEN n’est plus important que de conserver ce secret. Nous sommes dans un monde où les super-héros n’existent pas. Les personnages évoluent dans le même monde que nous à ce niveau. Dévoiler l’existence de Clark au monde entraînera donc nécessairement son lot de cataclysmes, effaçant d’un coup d’un seul absolument tous nos systèmes de croyances, de religions, de philosophie…

Mais il ne veut pas que son fils se cache toute sa vie. Non, il veut qu’il attende le bon moment, il veut qu’il soit PRÊT. Un Clark adolescent, encore peu sûr de lui, et se faisant rejeter par le monde pourrait alors se retourner contre lui. Donc il doit attendre. Attendre de grandir, attendre de comprendre quelle est sa mission. Comprendre pourquoi il est là.

La mort de Jonathan Kent est en ce sens parfaitement logique : elle apparait juste après un dialogue montrant que Clark sature clairement : "je n’ai pas à t’écouter, de toute façon tu n’es même pas mon père". Kent a transmis tout ce qu’il avait à transmettre à son fils, si ce n’est encore une fois la conviction profonde qui est la sienne. Voilà pourquoi il refuse alors que son fils sauve les villageois de cette tornade menaçante. Parce que personne n’est encore prêt. Ni Clark, ni le monde. Kent lui montre alors l’exemple de ce qu’est le courage, le vrai : sans aucun pouvoir, en risquant sa vie pour les autres. C’est la dernière leçon qu’il transmet à son fils. D’autant plus poignante qu’il meurt en sauvant simplement une pauvre bête, un chien oublié dans la voiture. Une créature insignifiante, qui ne mérite pas une seconde qu’on se sacrifie pour elle.

Sauf que c’est exactement de cette façon que Clark pourrait percevoir les humains. C’est un dieu, un vrai. Nous ne sommes que des insectes, des fourmis à ses yeux. Dans son dernier acte, aussi ridicule puisse-t-il paraître aux yeux des cyniques ("encore le clébard qu’il faut sauver, comme dans Indepence Day !"), Jonathan Kent prouve à son fils deux choses : que rien n’est plus important que le destin qui l’attend, et que toute vie mérite d’être sauvée. Oui, mourir en sauvant un chien peut paraître ridicule. Comme il est ridicule aux yeux de Zod que Kal-El risque sa vie pour les humains, ces sous-créatures insignifiantes et sans intérêt.

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Le chemin de Clark va donc être sinueux : sans son père, il ne pourra s’empêcher de sauver des gens lorsque les situations se présenteront à lui. Mais il le fera toujours sous le couvert de l’anonymat, embarqué dans une fuite permanente, devenant une sorte de rumeur ou de légende urbaine : "pour certains, un ange gardien, pour d’autres, un fantôme, toujours à l’écart". Il fuit, il se teste, il se cherche.

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Et il finit par tomber sur un vaisseau Kryptonien. Dans lequel il pourra enfin parler à son père, son vrai père. "Ou plutôt son ombre". Et c’est lui qui peut enfin lui dire : "tu es prêt". C’est lui qui lui permet de s’assumer. Et d’embrasser son destin. Jonathan Kent est celui qui aura ouvert cette quête de soi, Jor-El celui qui vient la fermer. Et Superman de devenir Superman.

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Au niveau des détails, certains se seront dits : "c’est quoi ce vaisseau ?". Car on nous dit qu’il est présent depuis plus de vingt mille ans sur Terre. Alors, ce vaisseau est en fait un reste des colonies de Krypton (c’est dit au début du film) qui, à une époque, a tenté d’étendre son empire un peu partout avant de finalement laisser tomber ce projet (sans doute après divers coups d’états). L’Histoire qui se répète, en quelque sorte. C’est d’ailleurs ce qui explique que Jor-El ait connaissance de la Terre, et qu’il ait choisi cette planète pour y envoyer son fils. Ce n’est donc pas son vaisseau à lui. C’est uniquement à partir du moment où Clark insère la clé de son père que l’intelligence artificielle s’upload dans le système du vaisseau, pour achever sa formation et le pousser enfin à agir. A passer à l'action.

Une action frénétique !

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Enfin, quelques mots sur l’action du film. Elle est dantesque. Honnêtement, je ne m’attendais pas du tout à ce niveau-là de combats et de destructions sans pareil. Snyder oublie d'ailleurs au passage les ralentis qui l'ont rendus célèbres pour nous offrir un rendu à hauteur d'homme de ces combats homériques : ça va extrêment vite et ça fracasse tout sur son passage. Les mètre-étalon en la matière, à savoir Transformer 3 et les Avengers, sont battus à plate couture. Que l’on reproche d’ailleurs cela au film, je le comprends. Quand ça commence à péter, ça ne s’arrête plus une seule seconde. Mais il ne faut pas oublier que c’est ce que l’on avait reproché au Superman Returns de Singer : ça ne pétait pas du tout. Alors oui, on pourrait dire que c’est de la surenchère, qu’on se retrouve devant un bukkake d’immeubles détruits et d’explosions en tous genres. C’est vrai. Mais il faut revenir dans le contexte : on est venu voir un film de Superman, nomdidiou ! Personnage qui est censé être le plus puissant de la galaxie, un dieu parmi les hommes, qui possède le pouvoir d’anéantir toute vie sur Terre s’il le veut ! Alors quand il se bat contre trois autres dieux aussi forts que lui, ça ne peut qu’impliquer des batailles titanesques.

Et c’est là que le film est génial. Il prend le parti de nous montrer les dommages collatéraux. La machine des méchants détruit littéralement Métropolis : les victimes se comptent par dizaines de milliers, tout comme celles qui résultent des affrontements entre Kryptoniens (les immeubles pètent, tout le monde crève !). Superman NE PEUT PAS sauver tout le monde. Ce n’est d’ailleurs pas son projet. Il ne peut sauver que ceux qu’ils rencontrent sur son passage, durant les aléas de la baston. Mais il doit continuer à se battre, sinon c’est l’humanité qui est perdue. On passerait alors de plusieurs dizaines de milliers de morts à sept ou huit milliards. A la totalité de l’espèce humaine. Et cet aspect-là du personnage est juste incroyable. Superman ne stoppe ici aucun cambriolage, ne sauve personne d’un immeuble en flammes. Il ne s’intéresse pas non plus aux guerres qui ravagent certain pays, à la pauvreté dans le monde (comme je pensais qu’il le ferait dans ce film). Il ne s’agit pas de s’occuper des problèmes des hommes. Non, l’enjeu est plus grand : sauver tout le monde ou personne. La menace est PLANETAIRE. Donc oui, y’a des villes (dont Metropolis) qui vont le sentir passer. Mais c’est un mal nécessaire. Il fait son maximum pour accomplir son objectif : repousser Zod, le vaincre. Et tant pis si y’a du friendly fire dans l’histoire.

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Tant pis ? Pas tant que ça, car la fin de Zod est en ce sens géniale. Superman a fait son maximum pour sauver la Terre, même si les victimes se comptent par paquets de mille. Mais chaque fois qu’il le pourra, il essaiera de sauver les êtres humains. Lorsque Zod menace de tuer trois péquins qui sont là, on est exactement dans la valeur numéro une de Superman, une valeur très américaine (mais Superman, c’est le patriotisme américain !), genre "chaque vie compte". Cette valeur-même que lui a transmis son père en s’effaçant. Kal-El ne sait pas qui sont ces gens. Ils pourraient tout aussi bien s’ajouter au kill count de la journée, après tout. Mais s’il peut les sauver, il le doit. Chaque vie est précieuse. Qui sauve une vie, sauve le monde. Même si pour cela, il doit tuer son frère (car Zod est finalement ce qui s’approche le plus d’un frère pour lui : c’est le dernier de sa race). Ce qui est génial ici, c'est que ça aurait été tellement facile de remettre Loïs en danger. Le choix aurait été automatique. Mais le scénariste David Goyer choisit de mettre face au courroux de Zod trois sinistres inconnus. Et Superman de commettre ce qu’il ne peut normalement pas faire : un meurtre pur et simple. D’une violence d’ailleurs surprenante pour ce genre de films.

Son cri et ses larmes à la suite de cet acte sont en ce sens déchirants.

C’est vraiment la première fois que j’ai l’impression d’assister, dans un film de super-héros, à la "formation" du héros. Superman ne devient Superman, finalement, qu’après cet acte fratricide. Qu’après avoir fait l’ultime choix, ferme et définitif, de la race humaine. Mais ce choix aura été difficile, il lui aura complètement ôté son innocence. Il l’aura forcé à prendre ses responsabilités, à prendre son envol.

Il l’aura forcé à devenir un Homme, dans tous les sens du terme. Comme le dit d’ailleurs Loïs dans cette réplique finale absolument géniale pour ses deux niveaux de lecture :

"Welcome to the planet."

Quel putain de grand film !

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